Les enjeux de la communication politique

Le concept de communication politique

Une première conception réduisait la communication politique à la propagande ou à la communication électorale des partis politiques. Dans cette perspective, la communication politique se perçoit plus en termes de messages et d’attitudes que les politiques déploient en direction des citoyens.
Toutefois, le développement des moyens de communication de masse, de techniques de mesures de l’opinion, une plus grande part est accordée, non pas seulement aux messages délivrés, mais aussi et surtout à leur réception, en terme d’appropriation, d’indifférence ou de rejet. Dès lors, à côté de l’acteur politique, s’affirment de plus en plus, d’autres acteurs, comme les médias et le citoyen, à travers le concept d’opinion publique, mais aussi les spécialistes de disciplines diverses dont le rôle est, soit de mesurer l’opinion, à travers des sondages, soit d’orienter l’opinion publique dans un sens bien défini (spécialistes de la communication et du marketing politique).
Nous tenterons, sur la base d’une analyse sommaire du concept d’espace public auquel la communication politique est redevable, d’éléments d`explication des termes « communication » et « politique », de définir la communication politique.
La notion d’espace public et sa relation avec la communication politique
La notion d’espace public a été formalisée dans les années 60 par le philosophe allemand Jürgen Habermas (1978). L’espace public serait le cadre au sein duquel coexistent et interagissent les concepts d’Etat-social, de principe de publicité, d’opinion publique. Pour une explication détaillée de la communication politique, nous nous appuierons essentiellement sur les deux derniers, à savoir le principe de publicité et l’opinion publique.
a- Le principe de publicité
S’appuyant sur les travaux de Habermas, Alain Girod définit le principe de publicité comme le devoir qu’a l’état de rendre public, de faire connaître au public, ses actes, ses décisions, ses projets, ses délibérations, etc.…, soit directement, soit par l’intermédiaire de la presse, de façon à ce que les citoyens, dûment informés, puissent organiser un débat public dans lequel ils puissent faire publiquement usage de leur Raison.
En France, comme dans toute démocratie, le droit, pour les citoyens, d’accéder à l’information est une réalité. Elle est garantie par la Constitution. D’ailleurs, toutes les assemblées élues (Assemblée nationale, Conseil municipal, Conseil régional) garantissent le caractère public de la plupart de leurs séances.
b- L’opinion publique
La notion d’opinion publique est très complexe. Certains, comme Pierre Bourdieu considèrent qu’elle n’est qu’un « artefact » et qu’elle « n’existe pas ». D’autres, comme Habermas, pour l’avoir théorisée, ne sauraient la nier. Ce dernier, de l’opinion publique nous dit qu’elle revêt un sens différent selon qu’on la revendique en tant qu’instance critique face à la « publicité » imposée, corrélative de l’exercice du pouvoir politique et social.
Les acteurs de l’opinion publique
Les principales composantes de l’opinion publique sont : la société civile, comprenant les leaders d’opinion et les simples citoyens, les hommes politiques, les hommes des médias, les professionnels des sondages et les spécialistes en marketing et communication politique. Chacune de ces composantes a ses modes de pression, et d’expression.
a- Les hommes politiques
Les hommes politiques et leurs appareils structurés (les partis politiques) constituent l’une des composantes les plus importantes de l’opinion publique.
b- La société civile
La société civile regroupe l’ensemble des acteurs non engagés activement dans les logiques de conquête ou de conservation du pouvoir. Elle regroupe des organisations intervenant dans plusieurs domaines (développement, défense des droits de l’homme, défense des consommateurs), les citoyens apolitiques, les leaders d’opinion (dans les domaines associatifs, intellectuels, religieux etc.).
Les modes de communication de ces acteurs de la société civile sont divers et variés. Les organisations structurées (ONG, associations) développent une approche communicationnelle proche, en termes de supports de communication, de celle des partis politiques. En effet, elles utilisent les médias, les réunions, des campagnes d’information et de sensibilisation.
c- Les leaders d`opinion
Les leaders d’opinion sont constitués par les intellectuels, les responsables d’organisations associatives, les religieux etc.
d- Les médias
Les médias constituent un maillon stratégique dans le processus de constitution de l’opinion publique. Nous intéresserons ici principalement aux médias dits de « masse » avec une ouverture vers les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication(NTIC).
e- Les citoyens
Les citoyens sont au centre du concept et des enjeux liés à l’opinion publique. Paradoxalement, ils sont ceux qui accèdent le moins aux moyens d’expression et d’influence dans le domaine de l’espace public. En dehors des élections, qui sont des modes d’expression indirecte, les citoyens s’exprimaient principalement dans l’espace public à travers divers mode de manifestation, de protestation ou de soutien liés, le plus souvent, à des événements qui touche directement leurs intérêts.
Mais avec les mutations démocratiques et médiatiques intervenues, de nouveaux canaux d’expression et de participation à l’espace public voient le jour.
Sur le plan médiatique, trois éléments nouveaux accroissent les possibilités d’expression des citoyens : le développement et la diversification des moyens d’information, l’aménagement, dans les médias existant, d’émissions, de programmes ou de rubriques réservés aux citoyens, et le développement des applications liées aux NTIC, notamment les sites d’information sur Internet.
Le fait politique : de l’information à la communication
Les deux mots : information et communication sont proches l’un de l’autre, pourtant du point de vue de l’analyse sociale, la différence entre les deux notions est importante. L’information se définit en elle-même, une certaine information est émise, transmise, reçue, mais nous hésitons à parler communication s’il n’y a que transmission, même aller et retour d’une information.
Cette définition cartésienne des deux conceptions cache le fait qu’il y a une certaine corrélation entre la communication et l’information. En effet, la communication n’existe pas sans une base minimale d’information, mais elle suppose une séparation de l’information et de son contexte. Au delà de ce premier constat, nous mettons un contenu plus fort dans l’idée de la communication. Celle-ci n’est pas possible s’il n’y a pas une compréhension mutuelle entre ceux qui échangent des informations et des interprétations.
Dans une économie et une information mondialisée, la première défense contre l’idéologie qui réduit la communication à l’information de masse est une réaction humaniste qui se nourrit de la reconnaissance des diversités des informations en créant une communication objective.
Les risques de la communication politique : le transfert de légitimité du politique au médiatique
En se méfiant de la communication dans sa forme publicitaire ou électorale, les hommes politiques n’ont fait que sacraliser l’image véhiculée par les médias. En se privant des moyens autonomes de communiquer, ils reconnaissent que la vraie campagne est ailleurs, c’est-à-dire dans les médias.
Jamais notre vie publique n’a été plus médiatique, jamais pourtant l’opinion n’a eu davantage le sentiment d’être si peu entendu. La société médiatique surinforme mais elle sous-communique. La communication nécessite d’établir une relation, de créer un échange.
La communication peut être collective pour une équipe municipale, un parti, un gouvernement. L’information, par sa personnalisation même, est un exercice souvent solitaire.
Plus rien d’autre ne compte que de s’inscrire dans l’ordre médiatique, dépositaire unique de l’existence publique. La communication rapproche l’émetteur des réalités puisqu’il faut bien prendre en compte l’autre, qu’il s’agisse d’une personne ou d’un groupe.
La crédibilité des partis censés concourir, dans notre démocratie, à l’expression du suffrage universel, s’effondre parce qu’ils renient cette fonction collective au bénéfice de parcours de plus en plus individuels, jalonnés de prestations médiatiques, généralement contradictoires les unes des autres.
La société toute entière semble entrée dans le poste de télévision pour caler son comportement sur les caractéristiques de l’image : instantané, émotionnelle, irrationnelle. Les pouvoirs nationaux se dévalorisent, et les formes d’appartenances traditionnelles s’effondrent.
Les journalistes ne font plus leurs métier d’informer, ils prennent en compte la stratégie des hommes politiques, qui choisissent le moment où ils parlent ou pas, avec ou contre qui, dans quel type d’émissions.
La politique ne resteras pas seule à l’écart du grand mouvement d’adaptation, de fluidité, de mobilité qui atteint l’économie, les marchés, la consommation, l’emploi. A ce titre, la communication quitte l’effet de mode pour devenir aujourd’hui un enjeu de société.
L’avenir de la communication politique
La communication politique met en scène un idéal politique explicite et assumé par les acteurs qui en sont porteurs dans l’exercice des médias et des processus de l’information et de l’échange avec les autres. Les formes et les stratégies de la communication politique visent toujours à faire partager à leurs destinataires les logiques institutionnelles de l’idéal politique dont elles se soutiennent.
La communication politique se situe par rapport à un horizon qui la rend intelligible et qui permet de comprendre les logiques auxquelles elle se réfère dans l’élaboration des discours et des images qu’elle diffuse dans l’espace public.
Structuré par notre inconscient, l’idéal politique est l’instance à laquelle nous nous référons pour comprendre et évaluer le fait politique, mais aussi pour formuler les projets politiques et les engagements auxquels nous adhérons dans nos pratiques sociales.
C’est par les formes et les pratiques de la communication que l’inconscient politique peut faire l’objet d’une connaissance et que, par conséquent, peuvent être pensées ses incidences sur la vie politique et institutionnelle. La communication politique, comme toutes les formes de communication et de représentation, donne une consistance symbolique effective, intelligible et transmissible, à l’idéal politique dont nous sommes porteurs, et qui oriente notre activité politique dans la société.
La communication politique joue, par rapport à l’idéal politique et à l’engagement, le rôle de la communication et du langage par rapport à notre inconscient singulier : elle le met en formes, et élabore les logiques par lesquelles nous pouvons nous l’approprier symboliquement et par lesquelles il est diffusé et transmis dans l’espace public.

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